Propositions de la droite française pour le développement en Afrique

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Que prône une partie de la droite française pour le développement en Afrique et pourquoi en parle-t-elle maintenant ?

L’élection présidentielle française se tiendra d’ici quelques mois en avril / mai et de nombreux candidats de tous bords sont en lice. Chacun y va de ses préconisations pour la France en matière de politique étrangère. Les grandes formations politiques que sont le Parti Socialiste, les Républicains, ou encore le Front National ont une visibilité indéniable en présentant leurs idées, et ce même en dehors des périodes de campagne électorale. Or tel n’est pas le cas de bon nombre de petits partis qui peinent à se faire entendre. Si leurs chances de se faire élire sont franchement minimes, une campagne présidentielle présente toutefois à ces candidats une bonne occasion d’étaler leurs choix de politique étrangère.

L’un de ces candidats est Nicolas Dupont-Aignan, le chef du parti Debout la France (DLF). Cet homme politique se revendiquant du gaullisme social, chapote un parti qui se fait souvent taxer de « FN light ». A titre d’exemple, on prend le FN et on enlève son courant anti-avortement et pro-peine de mort et on a Debout la France.

DLF et le FN se retrouve sur le terrain des valeurs s’agissant notamment de l’immigration. Nul besoin de revenir sur les innombrables dérapages sulfureuses et prises de positions du FN là-dessus. M Dupont-Aignan a dévoilé en décembre le volet développement international de son programme. Son but principal est de « fixer les populations en Afrique » et donc de faire en sorte qu’ils ne partent pas s’installer en France, qui compte déjà bien évidemment une importante population d’origine africaine. Son plan se veut un « Plan Marshall pour l’Afrique » qui assurerait le développement des pays de ce continent riche en ressources naturelles mais pourtant miné par la pauvreté.

Le développement est, depuis l’indépendance des pays d’Afrique, le nerf de la guerre sur le continent noir comme en Asie. Cet article s’attarde donc sur dernière proposition en date en matière de développement. Une comparaison sera faite entre les proposition du candidat français et les préconisations classiques émises au cours des décennies. On prendra comme étalon les propositions du Commonwealth issues de rapports (Le Commonwealth : Responsabilités Spécifiques envers les Petits Etats en 1979 et Changement pour le mieux : Changements mondiales et développement économique en 1991) sur le thème du développement. Ce dernier est l’une des organisations internationales les plus répandues au monde. L’association largement anglophone et de tradition britannique compte 18 membres en Afrique. Avec la démocratie, le développement est l’un des principaux objectifs de l’organisation. Des représentants du Commonwealth ont travaillé avec l’ONU à l’élaboration de la Déclaration de l’ONU sur le droit au développement (1986). Des organismes appartenant à l’ONU sont dédiés au développement, à savoir le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) – auquel on doit les Objectifs de développement durable en matière de pauvreté, de faim et d’éducation entre autres – et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Pour sa part, le Commonwealth s’occupe du développement par le biais de son Fonds de coopération technique. Des éléments de la déclaration de 1986 seront également utilisés ci-dessous pour la comparaison.

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Au cours des dernières décennies les gouvernements des pays en voie de développement (PED) se sont constamment retrouvés aux prises avec les problèmes socio-économiques liés au sous-développement sur fond de manque de moyens d’y remédier. Les gouvernements des pays développés ont quant à eux dédié une part on ne peut plus modeste de leurs budgets à l’aide publique au développement (APD).

Aux acteurs étatiques s’ajoutent les institutions de coopération régionale. On peut citer à titre d’exemple la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l‘Ouest (CEDEAO). Ces blocs régionaux affichent la volonté d’assurer le développement de leurs pays membres.

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La CEDEAO 

Les Etats-membres (sont) conscients de la nécessité impérieuse d’encourager, de stimuler et d’accélérer leur développement économique et social en vue d’améliorer le niveau de vie de leurs peuples.

 

La SADC 

Les principaux objectifs que la SADC s’est fixée sont le développement, la paix et la sécurité, et la croissance économique dans le but de réduire la pauvreté et d’améliorer le niveau ainsi que la qualité de vie des peuples d’Afrique australe. La CDAA soutient les défavorisés à travers l’intégration régionale, qui se fait à partir de principes démocratiques et de développement durable et équitable.

 

La CEMAC 

La Communauté […] se donne comme mission de promouvoir un développement harmonieux des Etats membres dans le cadre de l’institution d’un véritable marché commun.

 

Voici ci-dessous une comparaison entre le Plan Marshall pour l’Afrique de Nicolas Dupont-Aignan et les préconisations antérieures issues du Commonwealth et des Nations unies :

1) 

Proposition actuelle: 

Créer une Opep des denrées agricoles qui régule l’offre et fixe des prix rémunérateurs.

Déclarations du Commonwealth / de l’ONU: 

Le rapport Responsabilités Spécifiques envers les Petits Etats rappelait que de nombreux PED ont des économies monoculture tournées entièrement vers l’exportation au dépens de la production agricole pour consommation locale.

Le rapport prône une augmentation de la production destinée à la consommation domestique. Il affirme que les programmes d’aide des pays développés devraient se focaliser davantage sur la diversification de la production agricole dans les pays à économie monoculture.

Le rapport Changement pour le mieux revient sur le contexte de hausse des prix des produits manufacturés de 25% entre 1980 et 1989 tandis que ceux des produits primaires – dont les produits agricoles – étaient en chute libre face à une baisse de la demande, pour dire que les défis auxquels les pays concernés étaient confrontés méritaient plus d’attention.

Selon la Déclaration de l’ONU sur le droit au développement « Le droit de l’homme au développement suppose […] l’exercice de leur droit inaliénable à la pleine souveraineté sur toutes leurs richesses et leurs ressources naturelles » (Article 1er, alinéa 2).

Comparaison : alors que les affirmations du Commonwealth mettent l’accent sur l’élargissement de la gamme des produits, la proposition actuelle se focalise plutôt sur le prix des produits agricoles à exercer par les PED producteurs desdits produits. Ceci est peut-être dû au fait que le problème de la diversification aurait été traité, du moins en partie, au cours des dernières décennies.

L’aspect richesse et souveraineté de la Déclaration onusien convient bien à l’idée de la création d’un cartel de pays producteurs riche en ressources agricoles.

2) 

Proposition actuelle : 

Mettre sur pied des marchés protégés sous forme de zones de libre-échange régionales, afin d’éviter que les règles de l’OMC ne « massacrent l’agriculture africaine ».

Déclarations du Commonwealth / de l’ONU : 

Le rapport Changement pour le mieux expliquait la baisse des exportations africaines aux années 80 suivi d’un rebond vers la fin de la décennie. Le rapport appelait à la création d’un “filet de sécurité” à l’intention des pays les moins performants de façon à ce qu’ils ne soient pas trop bouleversés par des chocs économiques externes. Et de continuer qu’il fallait de toute urgence des stratégies visant à doper la croissance ainsi que les exportations des PED.

Les PED étaient incités à s’engager davantage dans la coopération régionale et ce malgré les « contraintes à l’action indépendante » qu’un tel engagement pourrait entraîner et les « tensions politiques et économiques non-négligeables » qui pourraient en résulter.

Le rapport Responsabilités Spécifiques envers les Petits Etats plaidait en faveur de projets de coopération régional.

Ce même rapport affirme que le commerce international devait être libéré du protectionnisme jugé contre-productif, car le libre-échange basé sur le principe de l’avantage comparatif serait la clé de voûte d’une économie compétitive et efficace qui connaîtrait donc la croissance et le développement. Un solide respect des règles du commerce multilatéral est préconisé.

« Les États ont le devoir de coopérer les uns avec les autres pour assurer le développement et éliminer les obstacles au développement. Les États doivent exercer leurs droits et s’acquitter de leurs devoirs de façon à promouvoir un nouvel ordre économique international fondé sur l’égalité souveraine, l’interdépendance, l’intérêt commun et la coopération entre tous les États […] » selon l’ONU (Article 3, alinéa 3).

Dans Changement pour le mieux on apprend que « la plus grande augmentation du commerce entre régions qu’au sein des régions » laisse penser que le système commercial international connaissait « une évolution envers de nombreux pôles de croissance plutôt que vers des blocs commerciaux étanches ou imprenables ».

Comparaison : Si l’idée de marches protégés de la proposition Dupont-Aignan correspond bien aux « filets de sécurité » du Commonwealth ainsi qu’au plaidoyer de l’ONU en faveur d’un ordre économique international basé sur l’interdépendance et la coopération, la réticence de la proposition actuelle envers les règles de l’OMC que l’on trouve chez le Plan Marshall pour l’Afrique se heurte aux appels d’hier à un libre-échange dynamique.

Qui plus est, le rapport du Commonwealth n’est pas du tout aussi convaincu de l’apport au développement des blocs régionaux chers à la proposition du candidat français.

3) 

Proposition actuelle : 

Obliger la Banque centrale européenne (BCE) à consacrer 50 milliards d’euros par an au développement de l’Afrique, soit 5% des quelque 1000 milliards qu’elle affecte aux banques privées chaque.

La différence entre les sommes à allouer au développement et celle accordée aux banques témoigne du niveau dérisoire du financement destiné au développement.

Déclarations du Commonwealth / de l’ONU : 

Changement pour le mieux expliquait que durant les années 80, les flux financiers vers les PED se sont fortement diminués pour cause d’investissements accrus en Europe de l’Est suite à l’effondrement de l’Union soviétique. Les pays de l’ex bloc communiste représentaient alors des bassins de main-d’œuvre qualifiée et avaient le potentiel de devenir des pôles de production peu coûteux. De même, au vu de l’instabilité de ces pays à l’époque et les pays d’Europe de l’Ouest craignant des vagues de migration massive issue de ces pays-là faut de développement, les financements coulaient à flot au dépens des autres régions en développement du monde.

Force est de constater que les mêmes motivations seraient sûrement derrière le désir de Dupont-Aignan d’envoyer des sommes vers l’Afrique afin de réduire l’élément de la pauvreté à l’origine d’une partie de l’immigration africaine vers l’Europe.

Pour faire face au problème de flux financiers insuffisants en limitant les fuites de capitaux, Changement pour le mieux incitait les PED à réformer leurs politiques économiques domestiques et à instaurer des taux d’intérêt dits « réalistes ». Des réductions de dépenses militaires étaient également préconisées pour les PED, ainsi que des restructurations de dette de la part des institutions financières internationales (FMI) pour les pays lourdement endettés.

L’Article 4 de la Déclaration de l’ONU sur le droit au développement soutient que « une action soutenue est indispensable pour assurer un développement plus rapide des pays en développement. En complément des efforts que les pays en développement accomplissent, une assistance internationale efficace est essentielle pour donner à ces pays les moyens de soutenir un développement global » (alinéa 2).

Comparaison : La proposition actuelle se repose sur les transferts de financement de l’Europe à l’Afrique et se fait écho de l’affirmation onusien sur ce qu’on devrait faire pour aider les PED à avoir les moyens de se développer. En revanche les propositions du Commonwealth se focalisent plutôt sur le rôle des PED eux-mêmes tout en reconnaissant le besoin de restructuration de dette à rembourser aux institutions financières internationales, dont on reconnait au passage que les politiques préconisées pour les PED constituent selon certains plutôt une pierre d’achoppement barrant la route au développement.

4) 

Proposition actuelle : 

Promouvoir la formation en Afrique sous forme de partenariats et développer l’enseignement en ligne.

Déclarations du Commonwealth / de l’ONU : 

Le rapport Changement pour le mieux nous expliquait que dans les PED ont fait du sur place concernant le progrès en matière d’éducation et de formation durant les années 80, après avoir connu quelques réussites auparavant.

Compte tenu du coût associé à la création d’organismes de formations de qualité ainsi qu’au fonctionnement de celles-ci, les PED sont incités à entamer ou à continuer la création d’établissements de formation régionaux. Il est également expliqué que de tels établissements serviraient à terme à contrer le phénomène de la fuite des cerveaux dans la mesure où l’accessibilité à des formations de qualité autour de chez soi ferait que le citoyen d’un PED serait moins enclin à partir étudier à l’étranger (compris dans un pays développé) et à y rester définitivement. Le rapport affirme aussi que les PED se doivent de mieux intégrer la technologie moderne dans leurs cursus de formation.

Comparaison : Ce que propose le candidat français rejoint largement les préconisations du Commonwealth.

A travers le dispositif Commonwealth of Learning (CoL), le Commonwealth s’adonne à la promotion de l’enseignement à distance dans ses Etats-membres. Le candidat Dupont-Aignan chercherait éventuellement à faire comme le CoL en passant par l’Agence universitaire de la Francophonie qui travaille déjà sur la formation à distance en Afrique.

CONCLUSION: 

A quelques exceptions près, le développement est souvent resté une chimère pour les PED. En 1984, dans un article paru dans le Journal des affaires internationales du Commonwealth, on a décrit le défi des PED comme suit : « l’altruisme mondial tel qu’il existe au jour d’aujourd’hui n’est pas à même de faire en sorte que les institutions internationales accordent aux pays sous-développés les aides financières, les programmes subventionnés ou encore les facilités de migration » qui aideraient les PED à avancer (Article, Micro-Etats insulaires : Problèmes de Viabilité).

De même, Changement pour le mieux montre du doigt le renforcement de l’intégration régionale (par ex. en Europe) « renfermée » chez les pays développés en disant que ce processus aurait pour conséquence encore plus de marginalisation du développement international.

Il est intéressant de souligner que Dupont-Aignan est un eurosceptique avéré pour qui l’intégration européenne est anti-démocratique, et la verrait très bien comme « renfermée ». Il souhaiterait même que la France se retire de l’Union européenne comme le fait le Royaume-Uni.

En bon candidat de droite préoccupé par l’immigration le chef de Debout la France cherche bien à accorder les aides financières à l’Afrique, mais certainement pas les facilités de migration. On pourrait dire qu’il s’agit d’altruisme intéressé – terme volontairement contradictoire.

L’un des Objectifs de développement durable du PNUD est l’amélioration de les coopération Nord-Sud et Sud-Sud. En augmentation les flux financiers vers l’Afrique et en appelant à un renforcement du commerce régional en Afrique, le candidat Dupont-Aignan cherche à faire d’une pierre deux coups en matière de développement international.

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