2016 : Quand les institutions internationales perdent leurs membres

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Tantôt considérées comme des structures indispensables et incontournables du bon déroulement des relations internationales, tantôt comme des organismes inutiles dont les tentatives de faire valoir leur influence dans les affaires mondiales s’avèrent être des tractations relevant d’un dialogue de sourds ne débouchant que sur du progrès infime, voire comme des freins pour les Etats à l’exercice indépendante de leur politique étrangère, les diverses institutions internationales ont un succès pour le moins mitigé auprès de certains pays. En guise de preuve, il suffit de prendre l’exemple de l’échec qu’a été la Société des Nations, qui se voulait le centre névralgique des relations inter-étatiques de l’entre-deux-guerres et qui a cédé la place à l’Organisation des Nations unies (ONU) au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En commençant par un exemple du début du 21e siècle, puis en proposant des exemples plus contemporains, cet article propose un retour sur le chassé-croisé des pays au sein de plusieurs institutions à portée internationale.

Au début des années 2000 le gouvernement étasunien affichait son intention d’entamer une guerre contre l’Irak de Saddam Hussein – supposé à l’époque être détenteur d’armes de destruction massive et dont le monde entier apprendra par la suite qu’il n’en était rien. Cette épisode a vu Colin Powell – alors secrétaire d’Etat américain et qui niait savoir que les armes en question n’existaient pas en affirmant ne pas comprendre comment les choses ont pu en arriver là – rafler le titre de version réelle de Mr. Magoo – ce personnage de dessin animé américain qui était un gentil vieux monsieur qui passait son temps à vivre des situations hallucinantes et à assister à des événements rocambolesques sans jamais s’en rendre compte.

Pendant que la première puissance mondiale s’apprêter à entrer en guerre, plusieurs puissances moyennes (dont la France) sont montées au créneau pour s’y opposer, notamment par le biais de l’ONU. L’opposition onusienne à l’invasion américaine de l’Irak a été si forte que le président George W Bush a choisi de faire fi des recommandations de l’organisation en la matière, poursuivant jusqu’au bout son projet de guerre.

Plus récemment, en 2016 certaines institutions internationales n’ont pas fait l’unanimité et ont perdu un certain nombre de membres, comme le montre la liste qui suit:

La Cour pénale Internationale – effet domino en Afrique 

L’Afrique réunit le quart des Etats parties de la CPI et représente de ce fait le bloc le plus important du monde en termes de nombre de membres. L’Afrique est suivie par la région Amérique latine / Caraïbes qui compte pour 22%, puis par l’Europe de l’Ouest (20%), par les régions Asie-Pacifique et Europe de l’Est avec 15% chacune.

Deux tiers des pays africains sont donc membres de la CPI, ce qui laisse un peu moins d’un tiers (soit 20 pays) qui, comme le Togo par exemple, n’ont jamais signé le Statut de Rome qui a établi la Cour, ou qui l’ont signé sans pour autant franchir le pas de le ratifier, à l’instar du Cameroun ou encore du Soudan.

La proportion d’Etats parties africains est en passe de se diminuer puisque 4 pays, à savoir le Burundi, la Gambie, l’Afrique du Sud et le Kenya, ont fait part de leur intention de quitter prochainement la cour (c’est déjà chose faite pour le Burundi), qu’ils jugent trop encline à poursuivre les auteurs présumés de crimes contre l’humanité de nationalité africaine – et ce y compris notamment les chefs d’Etat en exercice – tout en faisant la sourd oreille aux accusations émises contre des chefs d’Etat occidentaux (on cite le plus souvent George W Bush, Tony Blair ou encore Nicolas Sarkozy pour leurs implications respectives dans des crises allant de l’Irak à la Libye). Voilà de quoi rendre très heureux le président soudanais Omar el-Béchir, qui nargue la CPI en incitant les pays africains à l’abandonner. Poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité au Darfour, el-Béchir est depuis plusieurs années sous le coup d’un mandat d’arrêt international, mandat qu’il ignore et qui reste finalement lettre morte. La CPI avait notamment fait la une de la presse internationale en demandant en vain à l’Afrique du Sud d’arrêter le président soudanais en 2015 alors que ce dernier se trouver dans ce pays pour assister à un sommet de l’Union africaine. Le président kenyan Uhuru Kenyatta, qui lui aussi a décidé de retirer son pays de la CPI fut un temps poursuivi par la Cour pour crimes commises durant la campagne électorale de 2007 jusqu’à ce qu’elle fasse marche arrière en 2014 en abandonnant toute poursuite.

Dans les 4 pays qui partent de la CPI des voix s’élèvent pour dire que ce n’est pas judicieux de se retirer. Le fait que les retraits se font bel et bien illustre le point d vue réaliste selon lequel la politique étrangère l’emporte sur la politique domestique et que la prise en compte de l’opinion publique ne va pas forcément de soi dans les affaires diplomatiques.

Le nombre Etats parties africains à la CPI va-t-il dorénavant se réduire comme peau de chagrin ? Seul le temps nous le dira.

Le Commonwealth accusé d’ingérence 

Pour cette association de pays majoritairement issues de l’ancien Empire britannique dont l’esprit même de la coopération est basé sur l’aspect volontaire de l’adhésion de ses membres, le fait de perdre un membre n’est rien de nouveau. La charte de l’organisation définit le Commonwealth comme « une association volontaire d’Etats souverains, indépendants et égaux s’engageant dans la coopération en vue de poursuivre les intérêts communs des peuples des pays membres et en vue de promouvoir la compréhension et la paix internationales ».

D’abord un petit club réunissant les anciens dominions que furent l’Australie, le Canada, l’Afrique du Sud et la Nouvelle Zélande. Les rangs de l’organisation ont commencé à élargir suite à la décolonisation, qui a vu rejoindre d’abord l’Inde puis à terme des dizaines d’Etats africains et caribéens. Depuis trente ans le nombre de membres tourne autour de 50, au gré des adhésions, suspensions et retraits. Ainsi l’Afrique du Sud s’est vu exclure à cause du régime d’apartheid, et le Pakistan, le Fiji, le Nigéria et le Zimbabwe l’ont été pour défaut de démocratie. Le Zimbabwe a quitté définitivement l’association en 2003 sur fond de relations tendues entre le gouvernement de Robert Mugabe et le gouvernement britannique de Tony Blair suite à la saisie par Mugabe de vastes fermes détenues par des Zimbabwéens blancs au terme d’un processus de rachat de terre en faveur des Zimbabwéens autochtones qui n’a pas tout à fait porté ses fruits, et la Gambie a franchi le pas en 2013, le président pour le moins excentrique Yahyeh Jammeh jugeant finalement l’association une survivance coloniale dont le pays pouvait se passer.

Mi-octobre les Maldives, petit pays de l’océan indien a annoncé via un communiqué de son Ministère des Affaires étrangères qu’il se retirait du Commonwealth. La raison pour cette décision, qualifiée comme « difficile mais inévitable », sont à en croire le communiqué que les Maldives font tout pour promouvoir la démocratie dans le cadre du Commonwealth alors que l’association – qui s’est doté d’un dispositif de sanctions appelé « Groupe d’action ministériel » à utiliser à l’encontre des membres qui ne respectent pas les valeurs de la charte telles que la démocratie et la liberté d’expression – ne reconnait pas les progrès et cherche à pénaliser le gouvernement ainsi qu’à peser sur la scène politique locale. Se décrivant comme un petit pays qui espérait faire face avec l’aide du Commonwealth aux défis rencontrés par les petits Etats – défis qui font partie des priorités du Commonwealth – les Maldives ont déclarer ne pas recevoir l’aide au développement escompté, tout en subissant une pression politique injuste, ce qui confirmerait la critique classique que les institutions de coopération agissent principalement en fonction des intérêts des Etats les plus puissants.

La BBC précise, quant à elle, que de nombreux opposants au gouvernement sont emprisonnés alors que le pays n’a renoué avec les élections multipartites qu’en 2008 avec 25 ans d’un régime à parti unique, qu’un moratoire contre la peine de mort vient d’être levé et qu’il y a depuis peu une multiplication inquiétante pour la société civile locale de lois anti-blasphème.

Renversement de la tendance : le Maroc veut réintégrer l’Union africaine 

Le groupe de rap français a sorti en 1998 la chanson « quand tu allais on revenait ». Le titre correspond au dernier exemple de l’article. A l’heure où plusieurs pays à travers le monde quittent des organisations, le Maroc tente de revenir au sein d’une association dont elle a claqué la porte il y a une trentaine d’années.

En 1984 le Maroc quittait l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) – précurseur de l’actuelle Union africaine. La décision a été prise suite à l’adhésion de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), autrement dit le Sahara occidental, à l’OUA. L’intégralité du territoire de ce pays est réclamée par le Maroc comme faisant partie intégrante du sien. Il s’agit du contentieux international le plus épineux et le plus ancien du Maroc. Le gouvernement du territoire, mené par le parti politique le Front polisario, est soutenu par l’Algérie mais n’est pas reconnu par le royaume chérifien, qui a donc très mal vécu le fait de voir la RASD accepté au sein de l’OUA, qui représentait à ses yeux un profond affront à sa souveraineté au sein même de la communauté africaine. Le représentant du Maroc a expliqué que le Maroc ne pouvait pas se maintenir dans une organisation qui ne respectait le droit international. Une vingtaine des membres de l’OUA était d’ailleurs opposée à l’adhésion de la RASD qui, pour eux comme pour le Maroc qui était sur le départ, n’était tout simplement pas un pays.

Le Roi Mohamed VI veut que le Maroc fasse de nouveau partie de l’Union africaine. Il multiplie depuis plusieurs mois les déplacements partout sur le continent (Sénégal, Rwanda, Cote d’Ivoire) en quête de soutien. A ce jour, 28 pays sont favorables à un retour du Maroc. Cependant, cela laisse 25 autres pays à convaincre dont le voisin algérien qui se montre sceptique. En effet pour Alger, l’Union africaine n’est pas l’OUA sous un autre nom, mais plutôt une nouvelle institution qui a remplacé une autre qui a cessé d’exister, comme la SDN et l’ONU. Aux yeux des Algériens il ne s’agit donc pas d’un retour mais d’une adhésion pour la première fois à l’UA. Dernier détail certainement non-négligeable : le Maroc pose comme condition de son adhésion à l’UA l’expulsion de la RASD. Pas sûr donc que ce soit pour demain le hissage du drapeau marocain au siège de l’Union africaine à Addis Abeba.

Le Brexit – cette véritable onde de choc qui a vu le Royaume-Uni quitter l’Union européenne et dont les séquelles constituent un feuilleton politique incroyable dont les rebondissements continueront durant des années – est le plus médiatisé des exemples d’abandon d’organisations internationales en 2016, mais il est loin d’en être le seul.

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