Le ciel africain – théâtre récurrent de drames politiques et sociaux

 

On peut définir le ciel comme suit : il est, selon l’Académie française, « la partie de l’univers qui apparaît comme une voûte en demi-sphère au-dessus de nos têtes », ou bien « l’espace qui s’étend au-dessus de nos têtes et forme une sorte de voûte circonscrite par l’horizon » selon le dictionnaire Larousse, ou encore « l’espace infini dans lequel évoluent les astres » pour Lexilogos.

Ce mot, que l’on doit au latin caelum, qui signifie « voûte céleste » ou « séjour de la divinité », connote des images paisibles. Toutefois notre voûte céleste ne correspond pas qu’à des notions positives, loin s’en faut ! Bien qu’il soit source de la pluie dont on a tous besoin pour avoir de l’eau, c’est après tout du ciel que nous viennent les cyclones et inondations sans oublier la grêle et la foudre, par exemple.

Catastrophes naturels à part, il reste encore un autre aspect négatif associé à l’espace au-dessus de nos têtes. Prenons les exemples ci-dessous en Afrique, ou le ciel s’est à plusieurs reprises mué en théâtre de drames tant politiques que sociaux suite à des crashs aériens. Les exemples sont classés par ordre chronologique inversé.

1) Le Soudan – John Garang (2005) 

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Dans ce qui était jusqu’en 2011 – année de sa scission en deux – le pays le plus grand d’Afrique, l’ancien rebelle John Garang a fini par être érigé au rang de vice-président du Soudan au terme de la guerre civile la plus longue (1968-1978, 1983-2005) du continent africain, un palmarès dont le pays se serait bien passé et qui en dit long sur le Soudan au vu du conflit à rallonge en Angola qui a duré 27 ans, de 1975 à 2002, ainsi que de celui de la RDC qui fut, certes plus courte, ayant duré « seulement » 9 ans (et qui continue en quelque sorte actuellement) mais qui s’est avéré particulièrement meurtrier avec 5 millions de morts.

Un Soudan uni, John Garang y croyait dur comme fer. Il n’a eu cesse de répéter qu’il voulait que le Soudan soit un pays où les droits des citoyens du sud n’étaient plus bafoués, et que la solution n’était pas la sécession. Comme Joshua Nkomo au Zimbabwe à l’époque du gouvernement de pseudo-apartheid d’Ian Smith des années 60 et 70, John Garang prônait le dialogue avec l’adversaire dans cette guerre qui voyait le sud majoritairement chrétien et animiste opposé au nord majoritairement arabo-musulman sur fond de contestation du sud de l’arabisation du pays ainsi que d’accaparement des richesses de l’intégralité du pays par le nord. Un accord de paix au forceps signé avec le Président Omar el-Béchir en juillet 2005 n’a pas instauré la paix dans la vie de Garang lui-même. Certains craignaient que ses compatriotes du sud ne finissent pas par s’en prendre à lui pour avoir osé signer un accord avec les agresseurs après tant d’années de souffrances infligées par ces derniers, comparable au sort réservé à Anouar el-Sadate en Egypte suite à l’accord du Camp David avec Israël ou encore à Mahatma Gandhi. Dans le sud on disait qu’il n’était qu’une question de temps avant que l’appareil d’Etat monopolisé par le nord trouve le moyen de l’éliminer.

Cette principale crainte des habitants du Sud est vite devenue à leurs yeux chose faite ; John Garang est mort le 31 juillet 2005 dans un accident d’hélicoptère dans le sud du Soudan. Les soupçons se sont immédiatement portés sur le gouvernement central dominé par le nord. Y a-t-il eu un complot contre Garang ? Le mystère reste entier 11 ans plus tard.

2) Le Rwanda – Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira (1994)

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Au début des années 1990, ce petit pays d’Afrique centrale était déjà en proue à des divisions internes entre les deux ethnies – les Hutus et les Tutsis. L’année 1994 s’est avéré un véritablement moment charnière dans l’histoire de cette ancienne colonie belge. Le 6 avril 1994 le Président de la République rwandaise Juvénal Habyarimana est mort lorsque l’avion dans lequel il voyageait, accompagné notamment par le Président du Burundi Cyprien Ntaryamira est abattu au-dessus de la capitale, Kigali. S’ensuit durant 100 jours au Rwanda une tuerie inédite au cours de laquelle près d’un million de personnes – majoritairement tutsi mais également des hutus modérés – ont été massacrées par l’armée hutu en guise de vengeance pour la mort du Président Habyarimana. Le Soudan a donc le titre de guerre civile la plus longue d’Afrique ; le Rwanda est, quant à lui, sacré le pays ayant vécu le génocide le plus rapide de l’histoire (en même temps on n’a chronométré ni le projet meurtrier des Européens contre les peuples autochtones dans ce qu’ils se sont convenus pour appeler l’Amérique, ni les bourreaux représentant le roi Léopold de la Belgique au Congo donc qu’est-ce qu’on en sait vraiment ? Mais je radote).

Personne ne sait définitivement qui est responsable de la mort des Présidents Habyarimana et Ntaryamira, bien qu’il y ait deux théories là-dessus. L’une d’elle veut que ce soit le groupe rebelle le Front patriotique rwandais, majoritairement tutsi et mené par l’actuel Président Paul Kagame, qui a tiré sur l’avion. A l’époque de sa mort le président défunt venait de signer quelques mois auparavant un accord de paix avec les Tutsis. La deuxième théorie veut que ce soit des éléments hutus extrémistes de l’armée qui – parce qu’ils vivaient l’accord de paix avec les Tutsis comme une trahison (voire la situation de John Garang plus haut) de leur ethnie – ont choisi de tuer le président, en rejetant ensuite la faute sur le FPR, et ce pour mieux cibler et prendre à partie par la suite aux Tutsis.

Le Président Paul Kagame entretient des relations diplomatiques exécrables avec la France. En effet il est parmi ceux qui estiment que lors du génocide, auquel son FPR a mis fin en prenant la capitale du pays après 3 mois d’affrontements, les militaires français sur place dans le cadre d’une opération de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU se sont soustraits à leur devoir de protection des civils, laissant ainsi exprès les Tutsis à la merci de leur assassins hutus. Il s’agit donc pour lui de complicité française, le monde entier n’y voyant que du feu.

Cette complicité supposée a valu à la France un gel pendant de nombreuses années de ses relations diplomatiques avec le Rwanda de Paul Kagame qui, dans un geste symbolique, a claqué la porte de la francophonie pour ensuite rejoindre son homologue anglophone le Commonwealth en 2009. Malgré la reprise des liens diplomatiques entre les deux pays, la possibilité d’une nouvelle rupture n’est jamais à exclure, comme l’a montré il y a une semaine le dernier rebondissement en date dans ce dossier épineux lorsqu’un juge français a rouvert l’enquête sur l’attentat contre l’avion présidentiel, dans le but de déterminer l’éventuel rôle qu’aurait joué le FPR de Kagame dans ce crime.

3) Le Mali – Daniel Balavoine (1986)

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Daniel Balavoine était un chanteur normand dont les tubes caracolaient en tête des classements français de ventes de singles et d’albums des années 80. Personnage engagé qui portait un message de justice social, Balavoine s’est rendu en Afrique de l’Ouest – comme à son habitude depuis une décennie – en 1986 dans le but d’y lancer une campagne humanitaire en marge du rallye Paris-Dakar. Le 14 janvier 1986, lors d’un déplacement en hélicoptère durant il trouve la mort lorsque l’appareil s’écrase à cause notamment de vents de sable particulièrement forts, tuant tous les passagers à son bord dont également l’organisateur du rallye.

Ce triste évènement n’implique pas de personnage politique mais il est tout de même à noter.

4) La Zambie – Dag Hammarskjöld (1961) 

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Deuxième secrétaire général de l’ONU, le Suédois Dag Hammarskjöld est souvent cité comme le meilleur chef de la diplomatie mondiale depuis la création de cette organisation qui a pris le relais de la Société des Nations après que cette dernière ait perdu toute crédibilité. Il doit cette opinion favorable à son rôle dans le dénouement de la crise de Suez.

La République démocratique du Congo, ex-Zaïre, jadis le Congo belge, cet immense pays d’Afrique centrale est le deuxième de tout le continent en terme de superficie après l’Algérie (si le Soudan du Sud n’avait pas décidé de faire cavalier seul en 2011, le Soudan serait encore le numéro 1). La RDC n’a pas connu beaucoup de bonheur depuis son indépendance houleuse de la Belgique en 1960. Les problèmes de ce pays ne datent pas d’hier. Considéré l’un des pires pays au monde pour sa qualité de vie (la RDC est 176e sur 188 pays en 2015 par l’ONU pour son indice de développement humain), la RDC vit dans le chaos et la guerre depuis 1960, ce qui n’est certainement pas pour dire que les choses allaient bien sous tutelle belge. En somme, peu importe comment on l’appelle ce pays va mal depuis très longtemps.

Lorsque le « vent du changement », pour reprendre le terme employé par l’ancien Premier ministre britannique Harold Macmillan pour désigner la vague de décolonisation que le continent vivait aux années 60, a soufflé sur l’Afrique, le Secrétaire général des Nations unies fut un dénommé Dag Hammarskjöld. Au vu des péripéties plus qu’inquiétantes associées à l‘indépendance du pays – sécessions à tout-va sur fond de machination étrangère, tantôt belge, tantôt américain, voire soviétique – dont l’exemple phare fut le renversement suivi de l’assassinat le 17 janvier 1961 du Premier ministre Patrice Lumumba, haï par l’Occident et épaulé par l’URSS, dans des conditions qui restent à ce jour incertaines et sujet de controverse. M Hammarskjöld a tenu à assurer la diminution des influences contradictoires sur le pays venant de l’étranger. Suite au meurtre de Lumumba Hammarskjöld cherchait à trouver une solution politique pour éviter l’embrasement, qui fut pourtant quasi-incontournable, pendant que le Conseil de sécurité autorisait les forces de l’ONU dépêchées sur place à utiliser tous les moyens jugés nécessaires pour imposer la paix. Les tentatives onusiennes se sont largement soldées par des échecs, ce qui était dû selon Hammarskjöld a un manque de volonté politique parmi les grandes puissances – qui siégeaient au Conseil de sécurité – d’arrêter de poursuivre leurs intérêts dans le pays. La campagne armée ayant échoué Hammarskjöld a décidé de reprendre la voie du dialogue.

Alors qu’il se rendait à des pourparlers avec le leader de la province du Katanga, qui abritait le plus de séparatistes, Dag Hammarskjöld est mort dans un crash d’avion le 17 septembre 1961, soit 8 mois jour pour jour après l’exécution de Lumumba. Depuis cet évènement, le doute et les soupçons planent à tel point qu’on réclame la réouverture d’une enquête afin de savoir s’il s’agissait d’un accident ou si son avion a bel et bien été abattu comme l’affirment bon nombre de diplomates.

Comme Ché Guevara quelques années plus tard, M. Hammarskjöld n’a pas su naviguer le mikado politique qu’est la RDC.

Le responsable politique qui monte à bord d’un avion pour sillonner le ciel au-dessus de ce continent semble le faire à son détriment. A croire que le scénario du film britannique L’Odyssée du petit Sammy (en anglais Sammy Going South, ou encore A Boy Ten Feet Tall), qui raconte le périple d’un adolescent britannique qui traverse l’Afrique de bout en bout, en partant d’Egypte pour retrouver sa tante en Afrique du Sud suite à la mort de ses parents – et qui le fait à vélo, en bateau, en voiture ou à pied, mais jamais en avion – est voué à devenir le moyen de transport à conseiller aux femmes et hommes politiques en Afrique.

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